Rentrée scolaire : préparons l’école de 2030 plutôt que de subir les réformes d’aujourd’hui

La rentrée scolaire s’ouvre cette année dans un climat de tension et d’inquiétude. Face aux mesures du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il est temps de rouvrir le dialogue avec les enseignants, les directions, les parents et l’ensemble de la communauté éducative. Mais il est également temps de regarder au-delà de la rentrée 2026 : notre système scolaire va être profondément transformé par la baisse de la natalité.

En cette rentrée, les enseignants et les directions expriment leur inquiétude face aux évolutions de leurs conditions de travail et aux mesures d’économies décidées par le gouvernement.

Ces inquiétudes ne peuvent pas être balayées d’un revers de main.

Une politique éducative ne peut pas être pensée uniquement à travers une colonne de dépenses et une colonne d’économies. Elle doit partir des réalités pédagogiques, humaines et démographiques de nos écoles.

C’est pourquoi je demande, avec lib.res, au gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et à la ministre de l’Éducation Valérie Glatigny de suspendre l’exécution des mesures reprises dans le décret-programme afin de créer les conditions d’un véritable dialogue avec l’ensemble des partenaires de la communauté éducative.

On ne peut pas demander aux enseignants de faire toujours plus avec toujours moins

Notre école est confrontée à des difficultés bien réelles : conditions de travail des enseignants, accompagnement des élèves, décrochage, remédiation, organisation des établissements…

Face à ces enjeux, nous devons sortir d’une approche strictement comptable.

« On ne peut pas demander aux enseignants de faire toujours plus avec toujours moins, sans s’interroger sur la manière dont l’école doit évoluer. »

Le gouvernement doit donc rouvrir un véritable espace de dialogue avec celles et ceux qui font l’école au quotidien.

Mais ce dialogue ne peut pas se limiter à discuter des mesures budgétaires de cette rentrée.

Il doit nous permettre de répondre à une question beaucoup plus fondamentale :

quelle école voulons-nous pour les dix prochaines années ?

Le grand sujet dont on ne parle pas assez : la démographie scolaire

Un bouleversement majeur est déjà devant nous : le nombre d’élèves va fortement diminuer dans les prochaines années.

Selon les prévisions reprises par lib.res, d’ici 2029, les classes maternelles compteront environ 40.000 enfants de moins qu’en 2015, pour atteindre environ 144.000 élèves.

Dans l’enseignement primaire, la diminution sera d’environ 30.000 élèves par rapport à 2018, avec quelque 292.000 élèves attendus en 2029.

Et cette évolution ne s’arrêtera évidemment pas au primaire.

Elle se répercutera progressivement sur les effectifs de l’enseignement secondaire au cours des années 2030.

Cette réalité doit nous obliger à anticiper.

Nous ne pouvons pas continuer à organiser l’école de demain avec les paramètres de l’école d’hier.

Moins d’élèves ne doit pas signifier moins d’ambition

La baisse démographique constitue un défi. Mais elle peut aussi devenir une opportunité si nous avons le courage de repenser l’organisation de notre système scolaire.

Cela signifie notamment réfléchir à la structure de notre offre scolaire et, lorsque cela est pertinent, aux regroupements d’écoles et de pouvoirs organisateurs.

Cela signifie également optimiser l’utilisation de nos bâtiments scolaires, de nos équipements et de nos matériels pédagogiques.

L’objectif ne doit évidemment pas être de fermer des écoles pour fermer des écoles.

L’objectif doit être de mieux organiser le système pour pouvoir investir davantage là où les besoins sont les plus importants.

Une meilleure adéquation entre le nombre d’enseignants et le nombre d’élèves, une organisation plus efficace du réseau et une gestion plus optimale des infrastructures peuvent permettre de dégager des moyens qui doivent ensuite être réinvestis dans la qualité de l’enseignement.

Réinvestir dans ce qui fait la qualité de l’école

Les éventuelles économies structurelles ne doivent pas devenir une fin en soi.

Elles doivent permettre de renforcer ce qui doit être au cœur de notre politique éducative :

  • l’accompagnement des élèves ;
  • la lutte contre le décrochage ;
  • la remédiation ;
  • la qualité de la pédagogie ;
  • et de meilleures conditions de travail pour les enseignants.

Moins d’élèves ne doit pas signifier moins d’ambition pour l’école.

Au contraire.

La diminution démographique doit nous permettre de repenser l’organisation du système afin de consacrer davantage de moyens à la réussite et à l’accompagnement de chaque élève.

Une commission spéciale pour préparer l’école de 2030

C’est précisément pour cette raison que je déposerai prochainement au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles une proposition visant à créer une commission spéciale consacrée aux conséquences de la baisse de la natalité sur l’organisation et l’offre scolaire.

Le Parlement doit prendre ses responsabilités.

Cette commission devra permettre d’objectiver les évolutions démographiques, d’en mesurer les conséquences sur notre réseau scolaire et de réfléchir, avec l’ensemble des acteurs concernés, aux solutions à mettre en œuvre.

Enseignants, directions, parents, pouvoirs organisateurs, experts et représentants de l’administration doivent pouvoir être entendus.

Le gouvernement ne peut pas se contenter de gérer les conséquences immédiates des évolutions budgétaires. Nous devons préparer l’école de demain.

La baisse du nombre d’élèves est une réalité que nous ne pouvons plus ignorer. Elle doit nous conduire à repenser notre réseau scolaire, son organisation et son financement.

Et surtout, elle doit nous permettre de faire un choix clair :

moins d’élèves, oui. Moins d’ambition pour notre école, non.

Fabian Maingain
Député au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles
lib.res