Ajustement budgétaire 2026: Un budget n’est jamais technique, il révèle toujours des choix politiques

Ajustement budgétaire : derrière les chiffres, des choix politiques… et leurs conséquences

Lors de l’examen de l’ajustement budgétaire 2026 de la Fédération Wallonie-Bruxelles, j’ai rappelé une évidence : oui, il est indispensable de maîtriser nos finances publiques. La responsabilité politique impose de retrouver une trajectoire budgétaire soutenable.

Mais cette nécessité ne peut servir de prétexte à faire croire que les décisions prises par le Gouvernement ne seraient que de simples adaptations techniques imposées par les circonstances.

Le mythe de l’« ajustement technique »

Depuis plusieurs mois, la majorité MR-Les Engagés tente de présenter chacune de ses décisions budgétaires comme une conséquence inévitable de la situation financière.

D’un côté, elle dresse un tableau toujours plus alarmant de l’état des finances publiques pour justifier ses politiques d’austérité. De l’autre, elle affirme que le retour à l’équilibre viendra presque naturellement grâce à la démographie, aux mécanismes de financement ou à quelques corrections techniques.

Cette présentation est trompeuse.

Car un budget n’est jamais uniquement une affaire de paramètres macroéconomiques ou de tableaux Excel. Un budget est avant tout une succession de choix politiques.

L’ajustement budgétaire en apporte d’ailleurs la démonstration. Présenté comme un exercice purement technique, il augmente pourtant les dépenses de près de 185 millions d’euros, modifie plusieurs politiques sectorielles, adapte des réformes votées quelques semaines plus tôt et nécessite déjà un nouveau décret-programme pour corriger certains effets du précédent.

Si le Gouvernement est capable de faire ces corrections, c’est bien qu’il dispose d’une marge de décision politique. Il aurait donc pu faire d’autres choix.

Une double peine pour de nombreux secteurs

Le Gouvernement a accepté d’atténuer les effets de la double indexation pour l’ONE afin d’éviter un double effort budgétaire.

C’est une décision que l’on peut comprendre.

Mais pourquoi cette logique ne s’applique-t-elle pas aux autres secteurs de la Fédération Wallonie-Bruxelles ?

Pour les écoles, les associations, les opérateurs culturels, les académies, les services de jeunesse ou encore de nombreux acteurs du non-marchand, la réalité sera toute autre : les coûts explosent avec la double indexation tandis que leurs dotations restent gelées.

Concrètement, cela signifie qu’ils devront absorber eux-mêmes ces hausses de coûts en réalisant de nouvelles économies sur leur fonctionnement.

Contrairement à ce qu’affirme le Gouvernement, il y aura donc bien de nouvelles économies imposées sur le terrain.

Les décisions fédérales ont aussi des conséquences

Le Gouvernement ne peut pas expliquer, selon les circonstances, que les niveaux de pouvoir sont parfaitement coordonnés… puis prétendre que les décisions prises au niveau fédéral n’ont aucun impact sur la Fédération Wallonie-Bruxelles.

La réalité est tout autre.

La limitation de l’indexation décidée par le Gouvernement fédéral représente environ 20 millions d’euros d’économies sur les rémunérations des enseignants de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Je ne me réjouis évidemment pas que ces économies soient réalisées sur le dos des enseignants, auxquels la majorité impose déjà jusqu’à 10 % de temps de travail supplémentaire sans rémunération équivalente.

Mais une fois cette économie réalisée, le Gouvernement disposait d’une véritable marge de manœuvre politique.

Il pouvait décider de réinvestir ces 20 millions d’euros afin d’atténuer les conséquences de ses propres réformes.

Il a choisi de ne pas le faire.

La motion déposée par l’opposition en ce sens a été rejetée par la majorité.

D’autres priorités étaient possibles

Vingt millions d’euros représentent également l’ordre de grandeur du budget consacré aux repas scolaires gratuits.

Ce dispositif permettait chaque année à plus de 55 000 enfants des écoles situées dans les quartiers les plus précarisés de bénéficier d’un repas chaud, équilibré et gratuit.

Pourtant, le Gouvernement a décidé d’y économiser 7,4 millions d’euros.

Les conséquences sont déjà visibles : plusieurs écoles annoncent qu’elles ne pourront plus garantir un repas chaud gratuit à la prochaine rentrée.

On ne peut donc pas prétendre qu’il n’existait aucune alternative.

Des ajustements étaient nécessaires, certes.

Mais d’autres arbitrages étaient parfaitement possibles.

Derrière les chiffres, il y a des vies

Le véritable débat ne porte pas uniquement sur quelques centaines de millions d’euros.

Il porte sur les conséquences concrètes des décisions prises.

Ce sont des enseignants qui perdront des heures de cours et une partie de leur pouvoir d’achat.

Ce sont des artistes et des enseignants qui subiront les effets des réformes fédérales sur les pensions.

Ce sont des parents qui paieront davantage pour les garderies, les stages ou les académies.

Ce sont des familles qui auront toujours plus de difficultés à trouver une place en crèche.

Ce sont des enfants qui risquent de perdre l’accès à un repas chaud équilibré à l’école.

Derrière ce que le Gouvernement présente comme un « ajustement technique », il y a des choix profondément politiques.

Et derrière chacun de ces choix, il y a des femmes, des hommes, des étudiants, des enseignants, des parents et des enfants qui en paieront le véritable prix.

Pour Lib.res, la responsabilité budgétaire ne consiste pas seulement à équilibrer des comptes. Elle consiste aussi à assumer les conséquences humaines des décisions prises et à faire des arbitrages qui protègent les services essentiels et les plus fragiles.