Projet économique ou coup de bluff ? Le plan All In du Ministre Hublet suscite des interrogations

La Région bruxelloise a besoin d’une véritable stratégie économique. C’est le message que j’ai défendu aujourd’hui en Commission des Affaires économiques à l’occasion de la présentation du plan « Brussels All In » du ministre de l’Économie, Laurent Hublet.

Soyons clairs : personne ne peut être opposé aux ambitions affichées.

Développer l’économie de la souveraineté, renforcer le secteur de la santé, soutenir les industries culturelles ou encore redynamiser la manufacture urbaine sont des objectifs pertinents pour une métropole internationale comme Bruxelles. Nous partageons également l’objectif d’augmenter le taux d’emploi à 70 %.

Mais entre une ambition et une stratégie, il y a une différence essentielle : les moyens.

Une feuille de route plutôt qu’un véritable plan

Le ministre l’a lui-même reconnu : le document présenté n’est pas encore un plan détaillé, mais une feuille de route.

Après plusieurs mois de gouvernement, les entreprises, les indépendants et les investisseurs étaient pourtant en droit d’attendre davantage qu’un catalogue d’intentions.

Quels seront les budgets ?

Quels seront les outils ?

Quel calendrier sera suivi ?

Quels indicateurs permettront de mesurer les résultats ?

À ces questions essentielles, les réponses restent aujourd’hui largement absentes.

Une stratégie dont les principaux leviers sont… fédéraux

Le plan met particulièrement l’accent sur « l’économie de la souveraineté ». Là encore, l’objectif est intéressant.

Mais une grande partie des leviers relèvent avant tout du niveau fédéral : défense, politique industrielle stratégique, cybersécurité nationale ou encore marchés publics liés à la souveraineté.

La véritable question est donc simple :

Quels sont les leviers que la Région entend réellement mobiliser ?

Au-delà des annonces, nous attendons des mesures concrètes sur les compétences régionales : le foncier économique, la fiscalité régionale, les incubateurs publics, l’accompagnement des entreprises ou encore la simplification administrative.

Le grand absent : le commerce extérieur

Le point qui m’a le plus surpris est sans doute l’absence quasi totale de stratégie en matière de commerce extérieur.

Pourtant, il s’agit de l’un des principaux moteurs de l’économie bruxelloise.

Bruxelles exporte chaque année 68,7 milliards d’euros de biens et de services. Mieux encore, elle est la seule Région belge à dégager un excédent commercial dans les services, à hauteur de 4,4 milliards d’euros.

Notre capitale exporte avant tout de la valeur ajoutée : des services numériques, financiers, scientifiques, créatifs et de conseil.

Ces exportations créent des emplois qualifiés, attirent les investissements internationaux et renforcent la richesse régionale.

Et pourtant, le plan All In ne prévoit pratiquement aucune mesure pour aider davantage les entreprises bruxelloises à conquérir les marchés internationaux.

Créer des entreprises, c’est bien. Les faire grandir, c’est mieux.

Bruxelles est aujourd’hui la première région belge pour la création de start-up technologiques.

Le problème n’est donc pas de créer des entreprises.

Le véritable défi est de les faire grandir… et de les garder à Bruxelles.

Trop de jeunes entreprises quittent aujourd’hui la Région lorsqu’elles atteignent une taille critique, faute d’espace, d’accompagnement ou de financement adapté.

Le plan évoque l’innovation, mais reste très discret sur une stratégie de scale-up.

Comment accompagner les PME qui passent de 10 à 100 travailleurs ?

Comment empêcher leur départ vers la périphérie ?

Comment les aider à exporter davantage ?

Autant de questions qui restent aujourd’hui sans réponse.

Des Zones d’Accélération Économique… mais avec quels outils ?

Le Gouvernement rebaptise les « Zones Franches » prévues dans l’accord de majorité en Zones d’Accélération Économique.

Le changement de nom est acté.

Mais sur le fond, nous ne savons toujours pas quels seront les outils mis à disposition des entreprises.

Quels avantages fiscaux ?

Quelles simplifications administratives ?

Quels soutiens à l’investissement ?

Et surtout : comment éviter les effets d’aubaine ?

Comment s’assurer que ces dispositifs permettront réellement d’attirer de nouvelles activités économiques plutôt que de simplement déplacer des entreprises d’un quartier à l’autre ?

La vision de Lib.res : une économie qui libère les talents

Chez Lib.res, nous partageons l’ambition de faire de Bruxelles la capitale économique de demain.

Mais nous pensons que cette ambition doit reposer sur une stratégie beaucoup plus complète.

Notre programme propose notamment :

  • porter le taux d’emploi à 70 % grâce à un accompagnement plus rapide, plus personnalisé et plus efficace des chercheurs d’emploi ;

  • stimuler l’entrepreneuriat, en particulier chez les jeunes, les femmes et les demandeurs d’emploi, avec une réforme ambitieuse de la prime à l’installation, le développement du mentorat, le renforcement des incubateurs et un meilleur accès aux marchés publics ;

  • faire grandir les entreprises bruxelloises, grâce à une véritable stratégie d’accompagnement des scale-up, pour éviter que les PME quittent Bruxelles lorsqu’elles se développent ;

  • faire du commerce extérieur un levier majeur de croissance, en recentrant les attachés économiques sur l’accompagnement des PME exportatrices, en accélérant les licences d’exportation et en renforçant la marque Bruxelles à l’international ;

  • investir massivement dans les compétences numériques, la recherche et l’innovation, afin de faire de Bruxelles la capitale européenne des talents.

Les cartes doivent maintenant être révélées

Le plan présenté aujourd’hui contient de belles intentions.

Mais une stratégie économique ne se juge pas sur son titre.

Elle se juge sur sa capacité à créer des entreprises, à faire grandir nos PME, à attirer des investissements et à créer des emplois durables.

Comme je l’ai conclu en commission :

« Au poker, on ne juge pas un joueur au moment où il annonce « All In ». On le juge quand les cartes sont retournées. Aujourd’hui, le Gouvernement nous demande de croire en son jeu. Nous le jugerons sur les résultats : les entreprises créées, les entreprises conservées, les investissements attirés et les emplois effectivement créés. »

À Bruxelles, les entrepreneurs n’ont pas besoin d’un slogan supplémentaire.

Ils ont besoin d’une stratégie, de décisions concrètes et d’un Gouvernement qui leur donne réellement les moyens de réussir.