PISA 2025 : moins de réformes, plus de résultats pour notre enseignement

Les derniers résultats de l’enquête PISA doivent nous interpeller. L’enseignement francophone résiste mieux que certains de nos voisins et certains indicateurs d’équité progressent. Mais derrière ces éléments encourageants demeure une réalité préoccupante : le niveau en lecture et en mathématiques continue de reculer.

Face à ce constat, la réponse ne peut pas être de lancer une énième grande réforme de l’enseignement.

Depuis des années, les enseignants, les directions, les élèves et leurs parents vivent au rythme des changements de référentiels, de structures, d’évaluations et de règles administratives. Certaines réformes commencent à peine à produire leurs effets. Le tronc commun poursuit son déploiement. Le test CLÉ vient d’être introduit en primaire. De nouvelles évaluations et de nouveaux dispositifs d’accompagnement sont mis en place dans le secondaire. La formation des enseignants au numérique évolue également.

Avant de tout changer à nouveau, faisons fonctionner ce qui existe, évaluons-le et concentrons les moyens sur ce qui améliore réellement les apprentissages.

C’est autour de cette philosophie que lib.res propose un plan « Réussite 2030 », articulé autour de six priorités.

  1. Détecter les difficultés plus tôt et y répondre immédiatement

Le nouveau test CLÉ doit être autre chose qu’une photographie supplémentaire du niveau des élèves.

Lorsqu’une difficulté importante en lecture, écriture ou mathématiques est identifiée, elle doit déclencher une réponse pédagogique : objectifs précis, remédiation en petit groupe et mesure des progrès quelques semaines plus tard.

Notre objectif doit être simple : éviter qu’une difficulté rencontrée à huit ou neuf ans devienne un retard scolaire installé à douze ans.

À la sortie du primaire, chaque élève présentant encore des lacunes importantes doit bénéficier d’une continuité de l’accompagnement dès son entrée dans le secondaire.

  1. Remettre la maîtrise du français et des mathématiques au centre

Maîtriser le français ne concerne pas uniquement le cours de français.

Comprendre l’énoncé d’un problème de mathématiques, analyser un document historique, interpréter une expérience scientifique ou distinguer une information fiable d’une affirmation trouvée sur internet suppose d’abord de savoir lire, comprendre et raisonner.

Nous voulons donc renforcer la lecture et la compréhension des textes dans toutes les disciplines et développer davantage le français langue de scolarisation pour les élèves qui ne maîtrisent pas suffisamment la langue de l’enseignement.

L’égalité des chances ne consiste pas à diminuer les exigences pour les élèves qui rencontrent des difficultés. Elle consiste à leur donner davantage de moyens pour atteindre le même niveau d’exigence.

  1. Restaurer l’attention et les conditions permettant d’apprendre

C’est probablement l’un des grands angles morts de notre politique éducative.

Les résultats scolaires ne dépendent pas uniquement des programmes et des méthodes pédagogiques. Pour apprendre, encore faut-il pouvoir se concentrer.

Hyperconnexion, smartphones, manque de sommeil, absentéisme, retards ou climat de classe perturbé affectent directement les apprentissages.

Nous proposons donc un véritable « Plan Attention ».

L’école doit offrir des moments protégés des sollicitations numériques et apprendre aux jeunes à maîtriser leurs outils plutôt qu’à les subir. Les nouvelles formations au numérique et à l’intelligence artificielle doivent également apprendre aux enseignants à déterminer quand un outil numérique améliore l’apprentissage… et quand il vaut mieux s’en passer.

Cette politique doit dépasser les murs de l’école. Les politiques d’Éducation, de Santé, de Jeunesse et de Sport doivent travailler ensemble sur le sommeil, l’activité physique, les écrans et la santé des jeunes.

Tout ce qui empêche un enfant d’apprendre doit pouvoir être pris en charge. Mais tout ne doit pas reposer sur son professeur.

  1. Apprendre aux élèves à apprendre

Mémoriser efficacement, organiser son travail, prendre des notes, planifier une étude, vérifier que l’on a compris ou préparer une évaluation : toutes ces compétences s’apprennent.

Nous voulons qu’elles soient progressivement enseignées dans les différentes disciplines, sans créer un nouveau cours.

Face à l’intelligence artificielle, cet apprentissage devient encore plus essentiel. Nos élèves doivent apprendre à utiliser ces outils, mais également à vérifier leurs réponses, identifier leurs erreurs et continuer à réfléchir et produire par eux-mêmes.

  1. Remettre les enseignants au cœur de la réussite

On ne relèvera pas le niveau des élèves sans enseignants qualifiés, motivés et soutenus.

Nous proposons un accompagnement renforcé des enseignants durant leurs deux premières années : tutorat, observation de collègues expérimentés, coenseignement lorsque cela est utile et aide à la gestion de classe.

Nous voulons également mieux valoriser l’expérience des enseignants en fin de carrière. Une réduction progressive du temps passé devant les classes pourrait être consacrée au tutorat des jeunes collègues, à la remédiation ou à l’accompagnement d’élèves en difficulté.

Nous proposons enfin de développer l’orthopédagogie afin que chaque école ou groupe d’écoles puisse s’appuyer sur un référent capable d’accompagner les enseignants confrontés aux troubles d’apprentissage ou de l’attention.

  1. Mesurer enfin les résultats plutôt que d’additionner les réformes

Notre enseignement dispose déjà de nombreuses évaluations : test CLÉ, CEB, évaluations du secondaire, CESS, PISA…

Utilisons ces données.

Nous proposons un tableau de bord public des apprentissages permettant de suivre l’évolution du niveau en français et en mathématiques, les inégalités scolaires, le retard, l’absentéisme et la pénurie d’enseignants.

Nous voulons également mesurer un indicateur trop souvent oublié : le nombre réel d’heures d’enseignement dont bénéficie un élève. Une heure de cours prévue dans une grille horaire mais non donnée faute de professeur n’est pas une heure d’apprentissage.

Enfin, nous proposons de fixer collectivement des objectifs « PISA 2030 » et d’évaluer indépendamment le déploiement du tronc commun. Il serait intellectuellement malhonnête d’attribuer aux nouvelles réformes les résultats d’élèves qui n’en ont pas encore bénéficié. Mais il serait tout aussi irresponsable de ne pas mesurer leurs effets lorsqu’ils seront observables.

Notre ligne est donc claire : ne supprimons pas une réforme simplement parce qu’elle a été décidée par une autre majorité et n’en maintenons pas une simplement parce que des années ont été nécessaires pour la construire.

Testons. Mesurons. Corrigeons. Et généralisons ce qui fonctionne.

L’école francophone n’a pas besoin d’une réforme de plus. Elle a besoin de stabilité, d’exigence, de soutien aux élèves et aux enseignants et, surtout, de résultats.

C’est cette ambition que nous voulons porter avec lib.res : relever le niveau de tous sans renoncer à personne.