Six mois après les premières exclusions liées à la limitation dans le temps des allocations de chômage, l’heure est au premier bilan à Bruxelles. Et les chiffres que j’ai obtenus au Parlement bruxellois doivent nous alerter.
En février, le Gouvernement bruxellois s’engageait à renforcer rapidement l’accompagnement des demandeurs d’emploi. La réforme fédérale était connue, son calendrier également. La Région savait donc que des milliers de Bruxellois allaient arriver en fin de droit et que certains d’entre eux se tourneraient vers les CPAS.
Entre janvier et avril 2026, 26.754 demandeurs d’emploi bruxellois ont quitté le régime du chômage. Pour les deux premières vagues, 43,3 % se sont tournés vers un CPAS.
Mais une question essentielle demeure : que deviennent ces personnes après leur fin de droit ?
Sortir du chômage ne signifie pas retrouver un emploi
Les premiers chiffres communiqués par le ministre bruxellois de l’Emploi, Laurent Hublet, montrent l’ampleur du travail qui reste à accomplir.
Au cours du premier trimestre, seuls 10,6 % des personnes concernées avaient entamé un accompagnement auprès d’Actiris ou de ses partenaires dans la période observée. Pour la première vague, 3,5 % seulement avaient commencé une formation dans les trois mois suivant leur fin de droit.
Ces chiffres sont d’autant plus interpellants lorsque l’on regarde le profil des personnes concernées. Selon les données communiquées par le ministre, 64 % des personnes des deux premières vagues sont faiblement qualifiées. Sur les trois premières vagues, 54 % ont 45 ans ou plus.
Ce sont précisément des chercheurs d’emploi pour lesquels une politique de retour au travail ne peut pas se limiter à une démarche administrative ou à une nouvelle inscription.
Ils ont besoin d’un diagnostic de leurs compétences, d’un accompagnement personnalisé et, lorsque cela est nécessaire, d’une formation permettant de répondre aux besoins actuels du marché du travail.
La formation doit devenir une priorité
Je défends une politique qui responsabilise chacun dans son parcours vers l’emploi. Mais cette responsabilité individuelle doit aller de pair avec celle des pouvoirs publics.
Demander à quelqu’un de retrouver le chemin du travail sans lui donner les outils nécessaires pour y parvenir n’est pas une politique de remise à l’emploi.
Or, face à l’arrivée de personnes en fin de droit dans les CPAS, l’un des mécanismes avancés par la Région repose sur les Missions locales et les Lokale Werkwinkels. Actiris estime leur capacité de soutien mobilisable à environ 4.000 personnes par an.
Dans le même temps, plus de quatre personnes sur dix parmi les deux premières vagues se sont tournées vers les CPAS.
Toutes ces personnes n’auront évidemment pas besoin du même accompagnement. Mais ces ordres de grandeur imposent une question simple : nos dispositifs sont-ils réellement dimensionnés pour répondre aux besoins ?
D’autant que le ministre reconnaît qu’aucun moyen humain ou budgétaire supplémentaire n’a été débloqué pour Actiris afin de faire face à la réforme. Jusqu’ici, la réponse repose sur des arbitrages internes, des volontaires et la mobilisation des dispositifs existants.
Ce n’est pas suffisant.
Une fin de droit n’est pas une fin de parcours
Le débat sur la réforme du chômage ne peut pas s’arrêter au nombre de personnes qui quittent le système des allocations.
Le véritable indicateur de réussite doit être ailleurs : combien de personnes sont accompagnées ? Combien accèdent à une formation ? Combien retrouvent effectivement un emploi après trois, six ou douze mois ?
C’est pourquoi je demande au Gouvernement bruxellois de renforcer les capacités d’accompagnement et de formation et de mettre en place un véritable suivi des personnes arrivées en fin de droit.
Nous devons disposer d’objectifs et d’indicateurs publics permettant de mesurer les taux d’accompagnement, d’entrée en formation et surtout de retour effectif à l’emploi à trois, six et douze mois.
Parce que passer du chômage au CPAS ne constitue pas un résultat.
Je crois à la responsabilité individuelle, mais pas au désengagement collectif. Une fin de droit n’est pas une fin de parcours. Notre objectif doit être de permettre à chacun de retrouver son autonomie par le travail.
